Drôles de salades chez les écolos bretons

Après un article du site Le Penn-Bazh, qui s’épanchait sur les turpitudes de la liste dirigée par Europe Écologie-Les Verts en Bretagne, on apprend que, Nathanaël Legeard, le principal conseiller politique de la tête de liste EELV, Claire Desmares-Poirrier, est au cœur d’une controverse sur le financement de la campagne des municipales de Carhaix en 2020. Si l’on en croit un rapport interne du parti écologiste.

« Les écolos bretons sont restés très nature », nous confiait un élu, suite à la lecture de l’article du Penn-Bazh qui expliquait que le trésorier régional d’Europe Écologie-Les Verts, Alain Dubois, avait eu quelques soucis judiciaires, suite à des indélicatesses financières lorsqu’il était à la tête de la Fédération nationale de tennis de table, et que le conseiller politique de la tête de liste aux régionales, Nathanaël Legeard, avait été exclu pendant six mois, en 2020, du parti (https://penn-bazh.bzh/2021/04/24/128/). « La période de suspension me concernant avait ainsi été construite politiquement pour empêcher a priori la possibilité que je puisse être candidat pour les élections régionales », avait d’abord expliqué Nathanaël Legeard. Ce que contredit une enquête en interne de l’observatoire des pratiques et de la parité (OPP) au sein d’EELV.

Règlement de compte politique ?

L’année dernière, Nathanaël Legeard aurait postulé pour être la tête de liste de la coalition écologiste et fédéraliste en Bretagne. Ce serait donc pour l’en empêcher que certains de ses « amis » politiques auraient ourdi une « affaire » qui lui aurait valu une suspension de six mois au moment de la désignation de la tête de liste aux régionales, en faisant référence à la campagne électorale de Carhaix, dont il a été l’un des acteurs.

« Dans le cas de Carhaix, explique Nathanaël Legeard, il nous a été reproché d’avoir participé à une liste d’Union de la gauche à Carhaix, liste comportant, notamment, des membres d’un PC pronucléaire et la présence de Claude Prigent. EELV, dans le Finistère, ayant eu un passif avec l’entreprise Yprema de Claude Prigent il y a presque 20 ans… 20 ans oui ! Le groupe local d’EELV de Landerneau avait été en conflit avec la société Yprema de Claude Prigent, il y a presque 20 ans (2003) en lien avec une plateforme de mâchefers dans le Nord-Finistère. »

Pour Nathanaël Legeard, tout serait lié au processus de désignation du candidat : « L’été dernier, dans le cadre du congrès régional d’EELV Bretagne, les instances dirigeantes régionales ont été renouvelées : BER (Bureau exécutif régional) et CPR (Conseil politique régional).  Étaient également enclenché le processus de désignation de la tête de liste pour les élections régionales et la détermination de la stratégie à adopter. Ces échéances avaient mené à quelques tensions entre les différents courants internes du parti : doux euphémisme…Tous les coups semblaient en effet permis pour évincer les concurrent.e.s en interne. Et la période de suspension me concernant avait ainsi été construite politiquement pour empêcher, a priori, la possibilité que je puisse être candidat pour les élections régionales. »

Bref, bonne ambiance chez les Verts. « Comme suite à chaque élection, il y a des mesures internes qui sont prises pour régler des comptes et évincer certaines personnes », assène Legeard… qui lâche aussi qu’une autre cadre, Rosalie Salaün-Gourlaouen, qui a participé à la campagne carhaisienne, avait été exclue pour les mêmes raisons.

Sauf que Rosalie Salaün-Gourlaouen n’a écopé que d’une sanction de trois semaines, au contraire de Nathanaël Legeard qui a pris six mois de suspension. Comment expliquer une telle différence de traitement ?

« Un problème éthique, pas politique »

Autant dire que les déclarations du conseiller politique de Claire Desmares-Poirrier ont provoqué quelques raclements de gorge chez EELV. « Ouf, ça me rassure, j’ai cru que Nathanaël Legeard avait dit quelque chose de vrai », ironise une militante.

Un autre cadre finistérien s’étrangle presque : « Il n’a pas été sanctionné pour des raisons politiques ! S’il voulait être candidat, il aurait pu s’exprimer et exposer ses points de vue. Les militants auraient jugé, projet contre projet… » Un autre militant nous confie, un peu gêné : « C’est avant tout un problème éthique et non politique »…

Tambouilles carhaisiennes

Tiens, tiens, quand l’éthique arrive en politique, ça tique un peu. Que s’est-il donc passé durant cette campagne électorale à Carhaix, petite ville du centre Bretagne, où, il est vrai, tous les six ans, ces échéances revêtent une allure de festival, une tradition bien ancrée dans le Poher ?

Élu depuis 2001, le maire régionaliste, Christian Troadec, briguait un quatrième mandat. Cette forte personnalité (là aussi, doux euphémisme) avait déjà battu, à deux reprises, un challenger de choix, en l’occurrence Richard Ferrand, désormais président de l’Assemblée nationale. La droite et La République en Marche avaient donc monté une liste concurrente pour tenter de l’évincer. À gauche, élu municipal, le militant NPA, Matthieu Guillemot, était pressenti comme tête de liste pour prendre le flambeau d’un groupe allant du PS au PC, en passant par EELV. « Un jour, confie ce dernier, on s’est aperçus qu’il y avait plusieurs milliers d’euros sur notre compte de campagne. Désolé, mais à l’extrême gauche, on n’est pas habitués ! C’est comme ça. Cela nous a posé un gros problème. On a préféré se retirer avec nos camarades. »

Exit la tête de liste NPA. Pour trouver une tête d’affiche, la candidature de Nathanaël Legeard, cadre d’EELV, est alors envisagée. Problème, il faut qu’il soit domicilié à Carhaix. Mais, comme le relève une note interne transmise au bureau exécutif d’EELV et « aux cosecrétaires national.es », il habite alors à Plouguernével, dans les Côtes-d’Armor. On lui loue donc un appartement au-dessus d’un salon de coiffure, laissé libre depuis quelques semaines en centre-ville. Et pour cause, les occupants y avaient installé un véritable drive de… stupéfiants. Le salon « des coiffeurs pour chauves », selon une expression locale, servira de local de campagne. « On a beaucoup retrouvé de boulettes dans cette histoire », sourit Laure Boussard, finalement désignée comme tête de la liste de gauche afin d’éviter « une situation difficile et potentiellement médiatique »….

Legeard migrateur

Entre-temps, Nathanaël Legeard doit faire face à un problème imprévu. Le maire sortant, Christian Troadec, a saisi la manœuvre et ne fait pas vraiment figure d’oie blanche en matière électorale… Dans la rue, en bon politicien expérimenté, il dénonce un parachutage et ironise : « Il est d’où Legeard ? On ne sait pas ! Mais pas de Carhaix… » La commission électorale exclut Nathanaël Legeard qui parviendra à se faire réintégrer après moult péripéties judiciaires.

C’est aussi là que l’affaire devient piquante. La « note d’alerte » de l’observatoire des pratiues et de la parité EELV, explique bien que Nathanaël Legeard « décide de faire appel, engage un avocat et dépose un recours le 7 février 2020 avec notamment une fausse quittance de loyer de novembre, faite par le propriétaire ». Dans le document de l’OPP, le mot « fausse » est bien souligné. Plusieurs interlocuteurs nous ont expliqué que le loyer du logement « avait été payé en liquide », ce qui posait quelques questions.

Chèques en vert

C’est à ce moment que revient le trésorier régional des Verts, Alain Dubois. L’article du code électoral L52-8 stipule en effet que « les dons consentis par une personne physique dûment identifiée pour le financement de la campagne d’un candidat lors des mêmes élections ne peuvent excéder 4.600 € ». Or, il s’avère qu’un entrepreneur du centre Bretagne, parti prenante dans la campagne carhaisienne, a contourné le problème en faisant deux chèques supplémentaires de 7.500 € à deux formations politiques soutenant la liste de gauche à Carhaix : le PS et EELV. Les socialistes ont reflèché la somme vers le compte de campagne de la liste. Chez les Verts, c’est un peu plus compliqué…

En effet, il apparaît dès la mi-février que Nathanaël Legeard ne pourra être tête de liste à Carhaix. C’est donc une ancienne militante UDB, proche des Verts, Laure Boussard, qui prend le poste « de retour d’un trekking au Maroc. Je n’ai pas trop compris, mais j’ai assumée »… Sauf qu’elle n’est pas non plus au courant des petites entourloupes financières en marge de la campagne. Début mai 2020, en plein déconfinement, les factures arrivant et la liste ne parvenant pas à tout régler, ses membres se demandent où sont passés les 7.500 € versés à Europe Écologie-Les Verts pour la campagne…

Ils apprennent que le trésorier régional, Alain Dubois, a versé 6.000 € sur un compte créé spécifiquement par Nathanaël Legeard le 21 février 2020. Le 14 mars, un second versement de 1.500 € est effectué. Interrogé par le trésorier de la campagne carhaisienne, Nathanaël Legeard verse en plusieurs fois 4.000 € au 16 mars 2021.

Pot au Vert ?

Comment justifier une telle différence de 3.500 € ? Dans le document de l’OPP, Nathanaël Legeard évoque ses loyers (900 €) qui, pourtant, devraient être considérés comme des dépenses personnelles non imputables à un compte de campagne.

Plus troublant, il aurait fourni deux devis de réparation, d’environ 1.300 €, pour son véhicule qui aurait été « vandalisé » devant la permanence. Selon la note interne d’EELV, ils ne font l’objet « d’aucune justification crédible (absence de facture d’une réparation automobile, travaux non encore effectués à notre connaissance pour compenser des soi-disant dégradations malveillantes…) ».

La réponse de Nathanaël Legeard

Nous avons demandé à Nathanaël Legeard s’il maintenait sa première version d’une suspension pour motifs politiques. Dans un premier temps, outre un message de soutien du député européen, David Cormand, il mentionne un e-mail interne d’EELV, en date du 25 juillet 2020, mentionnant bien les problèmes liés à l’entreprise de Claude Prigent, Yprema, avec les Verts du pays de Landerneau au début des années 2000. Concernant l’investiture à la tête de la liste menée par EELV, il indique : « Un appel à candidature avait en effet été envoyé à l’ensemble des adhérent.e.s EELV Bretagne. J’avais effectivement proposé ma candidature. Normalement, l’étape suivante est un vote des militant.e.s. Cette procédure n’a en effet pas été respectée, avec certaines personnes se retrouvant  » juge et partie « , au profit d’autres méthodes, disons,  » bien moins démocratiques  » »…

Concernant la question d’éventuelles irrégularités financières, dans un premier temps, il nous a répondu : « Pas très sûr de comprendre vos questions suivantes. Comme très souvent dans les campagnes électorales, il y a en effet eu  » des avances sur dépenses pour des candidats  » et des  » remboursements de frais « . » Avec pour preuve un e-mail du 14 août 2020, adressé à Alain Dubois, trésorier régional d’EELV, d’une « personne de la liste », s’excusant du retard de la clôture des comptes de campagne.

Dimanche 9 mai, Nathanaël Legeard estime que l’observatoire des pratiques et de la parité (OPP) « est juste une instance consultative du parti, qui n’est pas neutre. » Il s’agirait, selon lui, de personnes qui « font directement partie ou sont très proches des membres de l’OPP », dont le but serait « de dézinguer notre campagne et notre candidate aux régionales », selon l’expression du député David Cormand.

Concernant le financement, les dons et les dépenses, Nathanaël Legeard produit un courrier du trésorier régional, Alain Dubois, du 1er juillet 2020.  Selon ce dernier « la procédure a donc été parfaitement suivie et respectée » et « nous avons reçu les justificatifs de dépenses ce qui clôt le dossier »

Une autre suspension

Dans sa réponse du 9 mai, Nathanaël Legeard met en cause une autre militante écologiste, Rosalie Salaün-Gourlaouen. « Il pourrait être intéressant pour vous d’étudier plus précisément ce compte de campagne, constater la structuration des dépenses, le choix des prestataires et le montant des prestations, la rémunération de la directrice de campagne… ou de l’absence de cette dernière ligne dans le compte de campagne (…) » Cette dernière a écopé d’une suspension de 3 semaines pour avoir été employée par la société Yprema pour un travail de communication. « Ce qui correspond à mes compétences, indique Rosalie Salaün-Gourlaouen, Je peux tout à fait rendre publique la liste de mes clients et entreprises, en France ou à l’étranger, pour lesquelles je fais ce gendre de prestation. »

Désormais candidate aux départementales à Rostrenen, elle a été visée par des lettres anonymes sur cette question et vient de porter plainte.

Problème politique

Plusieurs cadres bretons de EELV auraient demandé, non pas une suspension, mais une exclusion de Nathanaël Legeard suite à cette affaire. « Il y a rupture de confiance, nous confie un.e militant.e de EELV. Il aurait fait amende honorable en disant qu’il avait fait une erreur, il n’y aurait pas eu de problèmes. Mais il s’est victimisé et n’a jamais reconnu ses torts… C’est un comportement inacceptable, alors qu’à EELV, on prétend être irréprochables sur ces questions. » Et un.e autre de confier : « le problème, c’est que la tête de liste, Claire Desmares-Poirrier, a tenu à l’imposer comme son conseiller politique. Elle est très liée à lui. Mais il est à la tête d’un poste stratégique, et il est rémunéré pour ça. Cela interroge beaucoup, notamment vis-à-vis de nos partenaires de coalition. »

Bonne ambiance et franche camaraderie chez les écologistes bretons !

À suivre…

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1 réponse

  1. Bourguignon dit :

    Des rigolos à EELV, ils devraient militer à la vallée des 1000 saints!!!!

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