Une extrême droite bretonne… finalement très française

Une partie de l’extrême droite bretonne, qui se présentait il y a quelques temps comme indépendantiste, dont des proches d’Adsav, appelle désormais à voter… Zemmour ! Éclairage sur une mouvance « brune et blanche ». Et, au fait, en orthographe unifiée bretonne, « Nazi », ça prend un « h » ? À défaut d’un « Z » comme zozo…

« Ah !, pour parodier Staline, l’extrême droite bretonne, combien de divisions ? » En ces temps politiquement troublés, où les frontières sont parfois bien floues, la situation de ces groupuscules n’a jamais paru aussi… fluctuante, la question mérite en effet d’être posée. D’où la nécessité de quelques éclairages historiques.

Avertissons le lecteur d’emblée : rentrer dans l’histoire des mouvements politiques bretons depuis plus d’un siècle n’est pas chose aisée, tant les dissensions, les querelles d’égo ou les débats idéologiques ont été parfois violents. Sans compter les histoires de cœur…

Tout cela pour reconnaître que la récente demande de vassalisation d’une « Alliance souverainiste bretonne » à Éric Zemmour, dont nous avons pu nous procurer un courrier, nous semble un peu compliquée à apréhender d’un point de vue conceptuel…

Facho atao sur le Web

Depuis une vingtaine d’années, l’extrême droite bretonne a fait une réapparition remarquée grâce à Internet et, principalement, deux sites : Breizh Atao et Breizh.info

Le premier, Breiz Atao, animé par un crêpier exilé au Japon, Boris Le Lay, n’a jamais caché ses bases idéologiques. Celles de la principale mouvance bretonne de l’entre-deux-guerres, très « à droite », dont le journal se nommait Breiz Atao (« Bretagne toujours »), avec des idéologues comme Olier Mordrel. À l’origine, on trouve un gloubi-boulga ultranationaliste, inspiré notamment des idées de Barrès. Dans les années 1920, le courant est traversé par de multiples influences, avant de dériver vers le fascisme et le racisme dans les années 1930. Au début de l’occupation nazie, ces « défenseurs de la Bretagne » proclament l’indépendance, puis constituent une petite milice sous uniforme SS, le Bezenn Perrot. Un acte négligeable sur le plan militaire, mais qui sera jusqu’à nos jours exploité par tous les opposants à une émancipation insitutionnelle de la Bretagne. Les mêmes évitant soigneusement de rappeler l’importance des « Français de souche » dans la SS, notamment la très francophone division Charlemagne qui figureront parmi les derniers combattants nazis à Berlin en mai 1945.

Dans les années 1930 et 1940, ces nationalistes bretons d’extrême droite se distinguent par des écrits racistes (on se reportera à un article de la revue théorique Stur, se questionnant sur le degré de celtitude de la Bavière ou de l’Auvergne au nombre de juifs y résidant). À noter que, dès les années 1920, ces nationalistes bretons d’extrême droite s’opposent vivement aux nationalistes d’extrême gauche, aux autonomistes et aux régionalistes.

Hier, comme aujourd’hui, leur poids reste fort marginal dans les mouvements politiques bretons. Mais ils ont longtemps servi de « fachos utiles » pour des organisations de gauche afin de discréditer tout débat démocratique, concernant l’identité ou l’évolution institutionnelle de la Bretagne.

Bref, Boris Le Lay, et le nouveau Breizh Atao, numérique s’est toujours revendiqué de cet indépendantisme des anciens de l’entre-deux-guerres, jugeant nécessaire une séparation de la Bretagne celtique d’une France métissée et, surtout, trop latine. Boris Le Lay est actuellement condamné à plusieurs années de prison. Selon plusieurs sources judiciaires, il continue à revenir en Bretagne, sans que les autorités ne cherchent trop à mettre le grappin dessus. Récemment, un hacker a piraté ses sites, dévoilant, ce qui est plus gênant, ses sources de financement. Ces dernières pourraient, dans les temps prochains, se voir poursuivies. Et ce charmant garçon anime désormais des sites très « français », comme « Europe Écologie les Bruns »… On vous épargne la lecture édifiante des débats qui ne tournent guère autour de la Bretagne…

Breizh.info pas très franc

Le second site, Breizh.info, appartient à une autre mouvance, celle de l’ultradroite identitaire française, fournissant, en général, les séides du Rassemblement national français. A savoir le site Breizh.info qui a récupéré le nom d’un périodique patriotique breton des années 1990 , animé par Charlie Grall et très anti Front national (toujours penser à déposer les marques avant de lancer quoi que ce soit).

Comme dans l’ensemble de la fachosphère française, on réutilise les bonnes recettes du « putaclic » ; Breiz Info publie quelques informations locales ou bretonnes, entrecoupées de multiples articles sur l’insécurité et des sujets anxiogènes sur les migrants subsahariens… Ce qui apparaît, sans vouloir les vexer, comme « très français » finalement…

Reste que ces deux sites, ou leurs différents avatars, affichent des taux de fréquentations énormes, surtout au regard de la presse régionale. De quoi s’interroger… « Leur fréquentation est probablement dopée par des robots russes, estiment un spécialiste qui préfère garder l’anonymat. C’est artificiel. C’est difficile à prouver, mais on va y arriver. Dans leur cyber guerre, les Russes poussent en avant les mouvements identitaires européens pour créer des fractures dans les sociétés démocratiques.  »

Car, la fréquentation de ces sites qui participent à la « réinformation » est également source de revenus. Lorsque le site parodique Ouest-franc avait soulevé la question du financement du site Breizh.info, les menaces n’avaient pas tardé…

Des Zozos avec le Z

Depuis quelques mois, l’extrême droite européenne, française ou bretonne est donc en plein chambardement. Dans les rues bretonnes, on a pu s’étonner de voir coller des affiches du groupuscule Adsav avec celle d’Éric Zemmour. Adsav ? Un petit groupe de nostalgiques des mouvements bretons nazis de la Seconde Guerre mondiale et qui se réclament d’une Bretagne qu’on aura compris plus blanche que noire… Des militants marginalisés et aussitôt expulsés des manifs pour la langue bretonne ou d’autres revendications autonomistes.

Problème : alors que le mouvement s’affichait autrefois clairement séparatiste avec la France, depuis quelques semaines, ces militants d’extrême droite bretonne collent des affiches pro-Zemmour. Un Zemmour qui n’a jamais caché, en bon pied-noir, ses convictions jacobines et centralisatrices…

Nous vivons une drôle d’époque…

Nazis bretons avec le Z

Dans une terre, la Bretagne, démocrate, girondine, antifasciste, le Front national n’a jamais réussi à percer. Comme le confiait un patron breton de l’agroalimentaire : « Zemmour et Melenchon, ce sont des pieds-noirs. Ils sont dans la France colonialiste du XIXe siècle. Ils n’ont jamais géré une entreprise, où alors, cela aurait été la faillite, quand, nous, on fait de l’export. Nous, Bretons, on a une image plus sympa que les Français à l’international, sans leurs casseroles nationalistes. On ne veut pas perdre ça. »

Autant dire que le ralliement d’une pseudo « alliance souverainiste bretonne » n’aura guère de répercussion en Bretagne.

À noter, néanmoins, que l’un des principaux soutiens d’Éric Zemmour en Bretagne n’est autre que le discret Tristan Mordrel, fils d’Olier, l’un des principaux dirigeants nazis bretons des années 1930 et 1940. Intellectuel et architecte d’extrême droite, Olier Mordel a fui en 1945 vers l’Amérique du Sud, avant de revenir en Bretagne et de distiller ses idées. Son fils, Tristan, a longtemps tenu une librairie d’extrême droite à Paris. Depuis, il est gérant de différentes sociétés de levers de fonds, notamment dans les milieux catholiques intégristes. Ce qui ne manque pas de piment : son père, Olier Mordrel, tendait plutôt vers le néopaganisme à tendance celto-germanique. Le fils serait lui-même membre d’un cercle druidique….

Une époque de confusion, on vous disait….

Le mail de ralliement des « souverainistes bretons «  (on a gardé les fautes d’orthographe)

Bonjour M Zemmour

J’ai obtenu cette adresse mail par M. Philippe Milliau votre référent Bretagne

Ce courrier a été établi par le bureau de l’Alliance Souverainiste Bretonne , association politique qui regroupe 340 membres à ce jour avec Padrig Montauzier et les anciens responsables d’ASAV.

Il existe actuellemnt un potentiel entre 50000 et 80000 électeurs de la droite ex nationaliste bretonne et dorénavant souverainiste  qui ne votent plus ou s’éparpillent entre le RN et les LR .

Il ne tient qu’à vous que des personnes reconnues comme Padrig Montauzier et l’Alliance appellent à votez pour vous.

Nous attendons votre réponse  avant d’annoncer notre choix collectif, à titre individuel nous connaissons déjà notre intention : Nous voterons pour vous ! .

Cordialement

Michel Leguéret 

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15 réponses

  1. Ewen dit :

    Étrange de voir ressurgir le nom d’Adsav alors que ce parti n’existe plus depuis 2016 d’après Wikipédia en breton. J’ai du mal à comprendre le lien en dehors du nom de Montauzier.

    Les affiches que vous montrez en photo dans l’article sont d’ailleurs celles du groupuscule PNB dont le site web a été piraté lors du piratage du site de Boris Le lay, ce même Boris qui avait été exclu d’Adsav bien avant ces dérives médiatiques.

    De son vivant, Adsav avait à plusieurs reprises recouvert les affiches de tous les candidats à la présidentielle avec le slogan « élection française, abstention bretonne ».

    Cela ressemble plus à de la récupération qu’autre chose.

  2. Dudule 75 dit :

    En lisant de plus près, on ne trouve aucune mention d’un appel a voter Zenmour? Ou est le lien ?

  3. Erwan dit :

    Et donc vous comptez nous développer le rapport entre le PNB et le candidat Zemmour ? Car à Quimper toute les affiches de reconquête sont repasser par celles du PNB, et leurs articles semblent clairement hostile au « Z » comme pour tout les autres candidats français, je trouve votre papier d’une mauvaise foi intégrale tant il est évident que vous essayez de coller une étiquette de « gauche » à la Bretagne sans jamais parvenir à fair appel à sa culture enraciné et son histoire, et donc selon vous les groupes politiques independantistes revendiqués anti-immigrationistes seraient de ce fait bien plus proches d’un phénomène français ? Mais mon ami les nations fortes et souveraines, petites ou grandes sur le plan géographique comme démographique sont encore légion dans le monde entier, et ils n’ont pas attendu les droitards molassons de France pour refuser le cosmopolitisme imposer par les hautes instances culturelles américaines bourgeoises et union-européenes ultra libérales. De plus, vous semblez dans votre récit démagogue accorder du crédit à l’extrême gauche bretonne, les tueurs de prêtres étaient ils des patriotes bretons ? Observez les rassemblements d’extrême gauche, combien de gwen a du et de kroaz du? Deux, trois sur des forêts de drapeaux rouges et noir… il faut dire qu’il est sacrément risible de fair des leçons de patriotisme quand ont se revendique de mouvements apatrides, altermondialistes et « no borders » bien heureux de manifester aux côtés de militants du PCF ou du NPA qui je vous le rappelle sont eux bien français… alors n’essayez pas de diviser les bretons en faisant appel aux fantômes du passé, ça ne marche plus, l’avenir Breton ne se construira pas dans la démagogie le mensonge et le sophisme.

  4. Droit de réponse :

    Le Parti National Breton, conformément à sa position ethno-indépendantiste, n’accorde aucun intérêt à cette élection française et n’a logiquement jamais apporté son soutien, directement ou indirectement, à un candidat quelconque.

    https://partinationalbreton.com/2022/03/19/reponse-au-journaliste-erwan-chartier-non-le-parti-national-breton-ne-soutient-pas-eric-zemmour-ni-aucun-candidat-francais-a-une-election-francaise/

  5. Parti National Breton dit :

    Le Parti National Breton, conformément à sa position ethno-indépendantiste, n’accorde aucun intérêt à cette élection française et n’a logiquement jamais apporté son soutien, directement ou indirectement, à un candidat quelconque.

    https://partinationalbreton.com/2022/03/19/reponse-au-journaliste-erwan-chartier-non-le-parti-national-breton-ne-soutient-pas-eric-zemmour-ni-aucun-candidat-francais-a-une-election-francaise/

  6. DROIT DE REPONSE :

    Le Parti National Breton, conformément à sa position ethno-indépendantiste, n’accorde aucun intérêt à cette élection française et n’a logiquement jamais apporté son soutien, directement ou indirectement, à un candidat quelconque.

  7. Le Parti National Breton, conformément à sa position ethno-indépendantiste, n’accorde aucun intérêt à cette élection française et n’a logiquement jamais apporté son soutien, directement ou indirectement, à un candidat quelconque.

  8. Droit de réponse au menteur Erwan Chartier :

    Le Parti National Breton, conformément à sa position ethno-indépendantiste, n’accorde aucun intérêt à cette élection française et n’a logiquement jamais apporté son soutien, directement ou indirectement, à un candidat quelconque.

  9. Non, le Parti National Breton ne soutient pas Eric Zemmour, ni aucun candidat français à une élection française

  10. Monsieur Chartier, pourquoi refusez vous de nous laisser publier notre réponse dans vos commentaires ?

    Cela prouve que ce n’est pas une simple erreur, vous avez menti sciemment, soyez un adulte responsable et assumez.

    Vous avez également la possibilité d’inclure notre réponse dans votre article.

  1. 19 mars 2022

    […] [PNB] Pour illustrer un article approximatif et confus, le journaliste Erwan Chartier, issu du régionalisme de gauche, dénonce la proximité de “l’extrême-droite bretonne” avec le candidat à l’élection présidentielle française Eric Zemmour. Pour illustrer son propos, M. Chartier utilise une photographie d’affiches du Parti National Breton, laissant accroire que le Parti National Breton soutiendrait le candidat précité (voir ici). […]

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