Rififi à Canihuel autour de la charte communale

La charte « du mieux vivre ensemble à Canihuel ne passe pas trop dans les milieux écologistes, en cause une défense de la chasse et d’une certaine agriculture…
Autant dire que la « charte de la Canihueloise et du Canihuelois pour mieux vivre ensemble en milieu rural », proposée ces dernières semaines, a fait voir rouge les militants verts. La municipalité n’y va pas d’ailleurs pas par quatre chemins en introduction du document, la charte permettant « de rappeler que la campagne est avant tout un lieu de travail et qu’il est bon, avant de s’installer, de connaître les activités agricoles qui y sont pratiquées […] D’ailleurs, l’agriculture est la profession la plus contrainte par des règles administratives paradoxales et évoluant sans cesse. La campagne est aussi l’endroit de la pratique de la chasse et ce depuis toujours. Cette pratique est réglementée et est même devenue un besoin pour réguler certaines espèces animales, tel le gros gibier ».

Réaction d’EELV
Chasse, agriculture, autant dire que le Vert a vite débordé et que nous avons reçu un communiqué de EELV Kerne Uhel, nous faisant part de son « écœurement » par rapport au contenu « caricatural et très stigmatisant » de la fameuse charte. « Cette charte porte une vision particulièrement réductrice et manichéenne de la vie rurale, explique le communiqué. EELV Kerne Uhel s’inquiète qu’une municipalité, avec un discours aussi binaire, stigmatise l’ensemble de sa propre population. Les conflits de voisinage sont une réalité, les campagnes du centre Bretagne ne sont pas que des terres de chasse et d’exploitation agricole et il n’est pas souhaitable qu’elles le deviennent. »
il est vrai que la fameuse charte ne faisait pas toujours dans la nuance. Ainsi, elle énumère les « supposées » questions qu’un citadin se poserait en venant à Canihuel : « Mais que fait-il sur son tracteur toute la journée et même le week-end ? […] Pourquoi met-il un masque ? Est-ce dangereux ? D’où vient cette odeur […] Les routes sont sales ! Leur tracteur prend toute la route. Le coq chante ! Les vaches meuglent ! Les cloches sonnent… »
En réponse, EELV affirme : « Les écologistes ont pleinement conscience des impasses sociales et financières dans lesquelles l’agriculture a été conduite par un modèle violent, mondialisé et peu rémunérateur qui pousse à l’agrandissement, à la spécialisation à outrance, à l’accumulation de dettes et à l’utilisation massive de pesticides de synthèse… »
Bref, pas mal d’incompréhension entre deux logiques plutôt antagonistes… Les uns et les autres proclamant évidemment ne pas s’opposer à l’arrivée de nouveaux arrivants en centre Bretagne. Comme le soulignait d’ailleurs récemment la chef de file des écologistes en Bretagne, Claire Desmares-Poirier, productrice de tisane dans la banlieue de Rennes, lors d’une interview sur France Inter, où elle expliquait, globalement, que tout devait être fait pour que les Parisiens s’installent au mieux en Bretagne. Tout un programme…


Un collectif d’habitants

Et le 11 mars, nous avons reçu une lettre ouverte d’un collectif “Ensemble c’est tout” d’habitants de la commune qui continue d’alimenter le débat : « Vous dites votre volonté d’établir une « bonne harmonie » entre tous les habitants, qui seraient, soit citadins venus vivre à la campagne, soit agriculteurs et seuls travailleurs dans cette campagne. Vous évoquez leurs contraintes aux normes sanitaires, leur responsabilité en termes de nuisances diverses et dont ils doivent informer les autres habitants, s’ils peuvent en être affectés.
Vous ne dites pas comment vous en garantissez l’application quand ces règlements ne sont pas respectés.
Vous nous invitez à accepter les désagréments éventuels de ce travail agricole, et la chasse nécessaire pour sa protection, ou bien à « partir voir d’autres horizons ».
Nous ne nous reconnaissons pas ici dans la description de ces deux types d’habitants, ni dans leur opposition ou leur soumission. Ce texte nous caricature et prend le parti d’une seule catégorie de professionnels de la terre qui serait légitime.
Elle est discriminatoire.
Or une charte se doit d’être établie avec la concertation de tous afin de trouver un accord sur un objectif commun. Cette charte a cependant le mérite de parler de problèmes latents.
Nous sollicitons la possibilité d’organiser des rencontres citoyennes sur la commune, afin de présenter qui nous sommes réellement, ce que nous faisons, nos métiers respectifs et aussi respectables, nos centres d’intérêt, et notre choix de vie ici.
Enfin, le domaine de l’alimentation et de l’agriculture nous concerne tous comme aussi la protection de l’environnement, la santé, l’éducation, la voirie… et la mutation obligée de pratiques agricoles.
C’est ensemble que nous avons à réfléchir à la manière de faire face aux crises actuelles, et à imaginer les changements nécessaires à la qualité de la vie pour tous. En espérant être entendu et vous rencontrer bientôt.”

A suivre…

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